
La France à la pointe en matière de fibre optique ? Oui mais
D'un côté, il y a les chiffres. Implacables. Au 30 septembre 2024, selon les résultats du marché du haut et du très haut débit publié chaque trimestre par l'Arcep, l'autorité de régulation des télécoms, la couverture en fibre optique atteint 90%. C'est à dire que 9 français sur 10 sont raccordables, autrement dit éligibles au très haut débit avec la fibre.
À la fin du troisième trimestre 2024, parmi les 44,5 millions de locaux recensés par les opérateurs sur le territoire national, 39,9 millions sont raccordables à la fibre optique et 4,6 millions restent à rendre raccordables. En outre, à la même période, 73% des foyers français ont souscrit une offre internet avec la fibre.
Voilà pour les chiffres qui font de la France l'un des leaders européens en matière de fibre optique.
Le problème avec les chiffres, c'est qu'ils ne disent pas tout. Car sur le terrain, la réalité est plus contrastée.
Et "raccordable" ne veut pas dire "raccordé". "Si la rapidité du déploiement positionne la France comme un pays particulièrement performant en termes de couverture territoriale, la qualité du service n’est pas toujours au rendez-vous", pointe la DGCCRG (direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) : utilisateurs débranchés au profit d’un nouvel abonné, échecs de raccordement ou encore dégradations des armoires de rue et déconnexions temporaires... Sur le terrain, les motifs de plaintes ne manquent pas.
Et ces dysfonctionnements révèlent un fossé croissant entre lé déploiement de la fibre et la réalité sur le terrain, telle qu'elle est perçue par les utilisateurs.
Et comme décidément les chiffres ne mentent pas, voici deux autres statistiques qui témoignent de la réalité du service : dans le dernier observatoire de la satisfaction client de l'Arcep, 49% des abonnés à Internet ont déclaré avoir rencontré un problème avec leur fournisseur d'accès à internet au cours des douze derniers mois : en premier lieu pour des problèmes de qualité de service (39%) et ensuite pour des soucis rencontrés au moment de la souscription et du raccordement.
Des chiffres qui ne sont pas pleinement satisfaisants alors que la France s'est engagé dans la fermeture du réseau cuivre et la fin de la l'ADSL.
Une enquête pour faire toute la lumière sur le déploiement de la fibre
Voilà pourquoi la DGCCRG a décidé de mener une enquête nationale. Elle entend en effet examiner les relations commerciales entre les professionnels de la fibre (les opérateurs commerciaux, leurs sous-traitants et les opérateurs d'infrastructures). Celles-ci peuvent être à l’origine de déséquilibres au détriment des sous-traitants.
Parmi ces pratiques, qualifiées de "pratiques commerciales restrictives de concurrence" et prohibées par le code du commerce, deux sont particulièrement visées : l’avantage sans contrepartie et le déséquilibre significatif. Elles sont suspectées d'être à l'origine de la dégradation du service.
La première consiste à imposer à un partenaire commercial une obligation ou une charge sans offrir de bénéfice en retour. Tandis que la seconde intervient lorsqu'un contrat crée une disproportion excessive entre les droits et obligations des parties.
Cette enquête a officiellement débuté en 2023. Une enquête préliminaire à l'issue de laquelle quatre sociétés ont été enjointes de mettre leurs factures en conformité avec la réglementation prévue par le code du commerce. Et qui a convaincu la DGCCRF de poursuivre ses investigations, avec une attention particulière sur les conditions de sous-traitance.
De son côté, l'Arcep s'est aussi saisie du problème en mettant en place un suivi des travaux pour améliorer la qualité des réseaux en fibre optique, avec trois grande priorités : la réparation des dégradations et malfaçons au fil de l'eau, la remise en état des points de mutualisation et la reprise des travaux.